De la plume au stylo






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Annales : ouvrage qui rapporte les évènements en suivant l’ordre chronologique. (grand dictionnaire encyclopédique Larousse)

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"Négliger son histoire, c'est mépriser son futur" (le philosophe)

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"Cinq grammes de plume, des tonnes d'émotion" (la Fédé)

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Le Badmintonier (ou arbre-Badminton) n'en finit plus de faire des branches, des feuilles, des fleurs et même quelques fruits parfois. Il devenait urgent de se pencher sur ses racines. Des racines centenaires ... Mais au fait, le Badminton a-t-il tant changé qu'on essaie parfois de nous le faire croire ?

Cette histoire ressemble à un gruyère. Quand il y a peu de gruyère il y a peu de trous mais quand il y a plus de gruyère il y a plus de trous ! Elle est tirée de la mémoire des acteurs anciens du Badminton et qui dit mémoire dit trous de mémoire. Très souvent elle a été complétée par des articles de journaux (étonnamment nombreux), par les archives officielles de la ligue haute-normande, les canards et la "paperasserie administrative" de la fédé.

Cette histoire n’est pas allée non plus sans poser des problèmes de chronologie car bien souvent il a fallu procéder à des recoupements pour trouver la date de telle ou telle compétition ou évènement. D’où l’utilité du calendrier perpétuel fourni en annexe. Ainsi le puzzle qui n’avait que quelques pièces au départ (disons une soixantaine de photocopies) s’est retrouvé en vingt-quatre mois dans dix boîtes à archives ! Les erreurs et les oublis n’en sont donc que plus nombreux.

Cette histoire, en plus, n’a pas de fin. A peine écrit, chaque chapitre lu par un lecteur occasionnel s'est trouvé, se trouve, se trouvera enrichi d’une date, d’un résultat, d’une anecdote ou ... d’une piste de recherches nouvelle. Par manque de place, ou de résultats plus complets encore, les championnats départementaux normands n'ont pas été, sauf à de très rares exceptions significatives, enregistrés.

Les documents ne nous sont pas forcément parvenus dans l'ordre chronologique non plus et le Badminton lui-même, qui confond au début les championnats "internationaux" de France et les championnats nationaux ne nous a pas aidé. Enfin, un jour (mais après deux années de galère), grâce à Mr Mathieu et la collection de son père, nous y avons vu un peu plus clair.

Cette histoire se voudrait à la gloire de ces bénévoles du Badminton qui "rament" depuis un siècle pour un peu de reconnaissance, pour quelques grammes de plumes et ... des tonnes d'émotion (air connu).

Ce qui importe c'est de commencer à se pencher sur le passé, de trier, ranger, d’accumuler... d’archiver en attendant qu’un historien (un vrai), avec cette matière, écrive l’Histoire du Badminton français avec un H majuscule.

"Sous la plage, le Badminton", comme autrefois on chantait dans Paris "Sous les pavés, la plage". Le titre est venu comme ça et il est bien meilleur que "La légende du sport du futur" ou encore "Le premier siècle du Badminton en France" auxquels nous avions pensé en premier. Ce titre n'est pas de nous mais provient d'un article tiré du bulletin de la ligue du Nord de mai 1985 rédigé par Bernard Desmettre. L'article est un peu long, mais douze ans après il n'a pas pris une ride. Si on osait on dirait qu'il est beau et prémonitoire :

"Chuchotement sans cri. Entre le déchirement soyeux du papillon sur la lampe et le frou-frou furtif de l'aile de tourterelle ...

Des cordes du Badminton et de ses discrètes raquettes, le volant tire des airs plaintifs, nostalgiques d'après-midi perdues, d'époques révolues, aussi dépassées que ses plumes en oie véritable.

L'instrumentiste justement sort des Indes anglaises : peau bise et impeccables manières, famille aisée et études en Albion. Vimal Kumar se réclame des meilleurs entraîneurs britanniques et joue comme sans y toucher. Maîtrise et souci de la perfection.

Ça nous dépasse un peu ... Beaucoup !

Et puis c'est l'incident, le scandale. L'élimination en deux manches sèches du favoritissime !

Le Badminton vacille un moment. Quand on est jeune et peu sûr de soi ... Mais le Badminton sent qu'il ne peut avoir tort. Son avenir et sa vérité sont chez Kim Brodersen.

Le danois a ajouté quelques kilos de muscles au gabarit de l'indien. Et à la race du poignet, il a substitué ses jambes.

Le règlement du Badminton oblige à engager de sous la ceinture ... C'est peut-être que tout le Badminton part de là justement. Le gentil prof de maths qui sert d'entraîneur national aux français compte les points des pays qui l'écrasent, en temps de réaction, en vitesse de bras, en vitesse de jambes, en déplacements sur ce terrain trop petit pour être honnête ... Il en délaisse carrément le rôle de la raquette. Tant pis pour nos volants d'enfants, tant pis pour le volant d'antan.

Il parait que nous possédons de ces tueurs de souvenirs, de ces briseurs d'images charmantes. Pitte en est un. Presque champion d'athlétisme en Normandie, grand dévoreur de kilomètres en footing, grand enfonceur de portes obstinément closes en France. Fataliste comme on est bien obligé de l'être à 26 ans dans un sport de jeunes prodigues. Mais lucide et sans complexe. Il est sûr de ne manquer que du rythme qu'on n'acquiert qu'en se jetant dans le circuit international.

Les surdoués asiatiques dont Kumar a la bouche pleine, il ne les craint pas. Ses regards vont et retournent à Brodersen et au petit groupe des professionnels danois, des désamorçeurs de bombes chinoises. Il rêve, Pitte. Il rêve le petit mécanicien-fraiseur du Havre au jour où, dans son pays, sous la plage des préjugés des lourds après-midi familiaux, on découvrira le Badminton."

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